Post-partum, le grand chamboulement interne

Publié par L'Equipe Share(d)

Vous connaissez peut-être déjà le post-partum… Il est un vrai défi émotionnel pour les nouveaux parents, en particulier pour 70 % des jeunes mamans. Ce terme désigne la période entre l’accouchement et le retour des règles (« retour de couches ») et correspond à un moment crucial. Les mères vivent un tel bouleversement – physique et psychique – que le post-partum est parfois une période à risque.

Le post partum, c’est quoi ?

De nombreuses mères sont confrontées à une perte de repères après la naissance d’un enfant. Très peu sont vraiment préparées aux bouleversements qui leur tombent dessus, tous en même temps :  changement anatomique lié à la grossesse, hormones en chute libre, remaniements familiaux… sans parler des douleurs physiques du corps après un accouchement. C’est un rétablissement lent et parfois difficile. Le post-partum mérite donc un suivi et une attention particulière. Car à ce moment-là, se joue aussi la naissance de la relation mère-enfant, la découverte du bébé et la création des nouveaux repères familiaux. Or si les difficultés physiologiques et/ou psychologiques persistent, le risque de dépression augmente. 

Une prise de conscience sur le post partum

Depuis quelques années, la parole se libère sur le vécu des femmes après l’accouchement, on ne le dit pas assez… mais la grossesse, l’accouchement, et les premiers mois ne sont pas qu’une partie de plaisir. Le hashtag #MonPostPartum, qui a fait son apparition sur les réseaux sociaux au début de l’année 2020, vient briser l’image fantasmée de la mère parfaite nageant en plein bonheur avec son nouveau-né déjà souriant dans les bras. Loin du glamour, sans filtres, il dévoile le corps des femmes après l’accouchement et montre la solitude, la fatigue ou la détresse que beaucoup de mamans connaissent. Dans cette même démarche, quelques livres et BD lèvent le tabou sur les difficultés rencontrées par les parents (et les mères en particulier) après la naissance, comme « Ceci est notre post-partum » de la sociologue Illana Weizmann (Ed. Marabout) ou « La remplaçante » par Sophie Adriansen et Mathou (Ed. First).

Les pouvoirs publics commencent aussi à prendre conscience du manque d’accompagnement et d’informations autour de la maternité. Les études montrent que le suivi post-partum reste un enjeu majeur de santé publique, son impact ne se limite pas à la mère. 

Les signes d’une dépression post-partum

Une baisse de moral est fréquente, voire normale, après un accouchement. Plus connue sous le nom de baby blues, on l’attribue souvent à une accumulation de fatigue et à la chute brutale d’hormones. Elle disparaît généralement au bout de quelques jours. Mais quand certains symptômes persistent, il peut s’agir d’une dépression post-partum. Épuisement mental et physique, sentiment de vide ou de solitude, tristesse continue, irritabilité, troubles du sommeil, perte d’appétit, forte anxiété, sont des signes d’alerte, accompagnés parfois de troubles physiques comme des maux de tête, douleurs intestinales, tensions musculaires. 

Le baby blues touche près d’une femme sur deux lors de la naissance d’un enfant. C’est le plus souvent une transition entre le 2ème et le 5ème jour suivant l’accouchement. La dépression post-partum est plus variable dans l’année qui suit, mais les spécialistes en périnatalité constatent un pic au cours des trois premiers mois, qui toucheraient 15 à 20 % des mères. Généralement de quelques semaines, la durée de la dépression post-partum dépend de sa prise en charge. Elle peut durer plusieurs années si elle n’est pas traitée. 

On sait aujourd’hui qu’il y a des facteurs de risques chez certaines femmes, comme des antécédents de problèmes psychologiques, des troubles anxieux voire des dépressions dans la famille ou durant leur grossesse. Un accouchement difficile ou prématuré est aussi un facteur aggravant. 

Impact d’une dépression post partum sur le bébé

L’état de santé physique et mentale des mères après un accouchement impacte toute la famille, surtout les enfants, avec des conséquences lourdes sur le long terme : troubles du comportement, symptômes dépressifs, difficultés scolaires, violences, etc. Une mère déprimée, prise dans sa souffrance, est moins disponible psychiquement, il y a moins d’interaction avec son enfant. Des chercheurs britanniques de l’université d’Oxford ont montré que les symptômes d’une dépression post partum sévère empêche le développement du lien d’attachement et réduit considérablement les capacités cognitives, sociales et affectives de l’enfant. 

Le post partum des pères

Peu enclins à en parler, et souvent écartés du parcours de soin post-natal, plusieurs études récentes constatent que les hommes peuvent souffrir de dépression post-partum. Les facteurs déclenchants ne sont pas si différents. En 2017, des chercheurs ont montré que certains papas connaissent aussi un bouleversement hormonal, une chute du taux de testostérone, durant les neuf premiers mois après la naissance de leur enfant. Parfois, c’est l’arrivée d’un enfant, qui vient raviver une histoire familiale lourde, et déclenche un mal-être plus ancien. En revanche, les manifestations de la dépression post partum ne sont pas les mêmes chez les hommes :  comportements à risque ou violence, irritabilité, rigidité affective, symptômes somatiques, sont plus fréquents. Reste que l’impact de la dépression post partum des pères, a presque autant d’importance sur les enfants que celle des mères.

L’accompagnement post partum, le grand chamboulement à surveiller

Alors que la France est très centrée sur la grossesse et l’accouchement, l’accompagnement de « l’après » est souvent limité dans le temps. En septembre 2020, le rapport de la Commission des 1000 premiers jours, présidé par Boris Cyrulnik pointait ce déséquilibre. Plus de 100 000 femmes sont en grande détresse lors de l’année qui suit la naissance de leur enfant, et seulement la moitié d’entre elles trouve à qui s’adresser. Depuis, le gouvernement a mis en place le site internet 1000-premiers-jours.fr et son application mobile, pour aider, informer et répondre aux questions que se posent les parents, mettant en lumière toutes les étapes du développement, de la grossesse jusqu’aux deux ans de l’enfant. Conseils pratiques, ressources, soutien, le site propose aussi un autodiagnostic pour évaluer le risque de la dépression post partum, ainsi qu’une cartographie pour trouver un accompagnement. 

Les mesures mises en place pour aller plus loin

Pour faciliter le retour à la maison, les femmes bénéficient d’un suivi par une sage-femme, pris en charge jusqu’au 12ème jour de bébé. Puis, six à huit semaines après l’accouchement, il y a une visite post-natale auprès d’une sage-femme ou d’un médecin. L’occasion d’un check-up du corps (périnée, cicatrice, contraception, etc.) et du mental de la mère. Mais ce dernier aspect est parfois négligé ou mal diagnostiqué. De nombreux professionnels pointent la nécessité de prolonger le suivi des mères jusqu’à deux ans après la naissance de bébé, pour assurer une surveillance des symptômes de dépression post-partum. Dans le cadre du plan « 1 000 premiers jours », le gouvernement a annoncé qu’un entretien systématique autour de la cinquième semaine après l’accouchement serait instauré prochainement pour dépister les signes de dépression. Le rapport a aussi donné lieu à l’allongement du congé paternité en France, passant de 14 à 28 jours, entré en vigueur le 1er juillet 2021. 

Chaque femme, avec son histoire, vit son accouchement et son post partum différemment. Mais pour chacune, des soutiens existent. Outre le réseau relationnel, la famille, le papa ou les amis proches qui sont souvent d’une grande aide, si les symptômes dépressifs persistent, il est urgent de se faire aider par des professionnels. Des associations, comme le réseau Maman Blues aide, oriente et conseille les mères en difficulté (Paris, Saint-Denis, Lille, Nantes, Marseille, Strasbourg…). Dans certains cas, un suivi psychothérapique est nécessaire, voire un traitement antidépresseur.  L’essentiel est surtout d’identifier les signes d’alerte et de trouver l’accompagnement adapté. Ne pas rester seule face à son mal-être. Heureusement, à l’aide d’une prise en charge appropriée, on guérit bien de la dépression post-partum… et on comprend mieux ce grand chamboulement.

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